
Il est thésard en informatique appliquée mais n'a pas le droit de pénétrer dans les laboratoires et les bureaux de son centre de recherche après 18 heures et le week-end. La raison : il figure sur une liste d'étudiants à risques. Parce qu'il est Algérien. Il préfère qu'on n'écrive pas son nom. Étudiant au Loria, laboratoire de recherche affilié à l'Inria-Nancy (Institut national de recherches en informatique appliquée), cet Algérien en France depuis sept ans a appris début janvier par son chef d'équipe qu'il faisait partie d'une liste de chercheurs soumis au « régime restrictif ».
Concrètement, les étudiants qui figurent sur cette liste n'ont pas le droit de pénétrer dans les laboratoires et les bureaux après 18 heures et le week-end.
L'intéressé est écœuré :
« Du coup, je n'ai qu'une hâte, c'est de tout boucler et de rentrer en Algérie. Je ne veux pas travailler dans ces conditions, c'est ridicule. Je me sens montré du doigt sur la base de mes origines. »Jusque-là, il n'avait rencontré aucun problème. Comme la plupart des chercheurs, il fréquentait assidûment les locaux en dehors des heures de bureau.
L'affaire des deux étudiants afghans
Dans ce laboratoire, les remous remontent à décembre 2009. Deux étudiants afghans, qui forment un couple, entament des travaux de recherche au Loria. Problème : les badges de monsieur et madame ne fonctionnent pas aux mêmes horaires. L'un donne accès aux laboratoires le soir et le week-end, l'autre pas.L'établissement prend conscience des failles de son système. Il décide de clarifier sa politique et prévient les étudiants un à un qu'ils auront désormais des nouveaux badges, plus restrictifs ceux-là. Autrement dit, ils ne pourront plus mener leurs travaux comme avant. Certains apprennent la nouvelle alors qu'ils sont au milieu de leur thèse. En quelques jours, l'existence de badges à mouvements limités commence à se savoir.
Le gros des étudiants et du personnel enseignant de l'Inria tombe des
nues. Ils ignoraient que
l'établissement était soumis à « un régime restrictif » qui implique qu'on puisse limiter l'accès aux recherches pour certains étrangers.
Une mesure qui remonte à 1993
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