
Les Inrocks avaient prévu d'organiser deux concerts, les 18 et 19 juin, dans la cour Napoléon du Louvre. Devaient s'y produire Mika, Charlotte Gainsbourg, Phoenix, Vampire Weekend... Mais Matthieu Pigasse, le patron des Inrocks , est tombé sur un os de taille : sa manifestation n'a pas reçu l'aval... de Frédéric Mitterrand, en personne. Vendredi soir, Louis Dreyfus, le bras droit de Pigasse, a été reçu par le ministre et son directeur de cabinet, Pierre Hanotaux, qui ont interdit au Louvre d'accueillir ces deux concerts. "Le ministre a considéré que cette manifestation n'avait rien à faire au Louvre et pas à cette date, indique Louis Dreyfus. Il a notamment déclaré que l'on ne pouvait faire un concert le 18 juin, soit 70 ans après l'appel du général de Gaulle." Du temps d'Albanel, la Rue de Valois avait organisé un concert place du Palais-Royal le 24 octobre 2008. Soit directement sous ses fenêtres...
La direction des Inrocks se heurterait en fait à Luc Barruet, l'organisateur des journées musicales Solidays qui, cette année, se tiennent à Longchamp, du 25 au 27 juin. Luc Barruet, un proche de Carla Bruni-Sarkozy, considère que le double concert des Inrocks , à une semaine de Solidays, vient perturber sa manifestation. "Luc Barruet nous a demandé d'annuler nos concerts et s'est dit prêt à accueillir nos artistes à Solidays", explique Louis Dreyfus. Il est gentil, Luc Barruet, mais cet accord n'arrange que lui !" Renseignements pris, tous les pass vendus par Solidays (en faveur de la lutte contre le Sida) ont été vendus. Le préjudice qu'un éventuel concert des Inrocks porterait à Solidays est donc nul... lepoint.fr a cherché à joindre Luc Barruet. Il n'était pas disponible lundi matin.
Pas de Grand-Palais
En vérité, le concert des Inrocks au Louvre n'était pas anecdotique. Il s'inscrivait dans le cadre d'un accord de partenariat global entre Les Inrocks et la direction du musée. Cet accord était en négociation depuis un mois et demi. En se rapprochant des Inrocks , Henri Loyrette, le patron du Louvre, cherchait à rajeunir le public de l'établissement. Matthieu Pigasse, de son côté, s'engageait à ce que des artistes présentent au Louvre "leur parcours de visiteur". La cour Napoléon aurait dû accueillir 15.000 personnes. La préfecture de Paris avait émis des réserves. Les Inrocks avaient, du reste, tenu compte de celles-ci : les concerts devaient s'achever à 23 h 30 au plus tard, la sécurité devait être renforcée et la jauge maximale du public avait été réduite (de 20.000 à 15.000 personnes).
Lundi 19 avril, Henri Loyrette prévient Mathieu Pigasse que tout est annulé alors que l'accord de partenariat était à la signature. Loyrette dit se conformer à un ordre du ministère. Chassé du Louvre, Pigasse tente alors de se rabattre sur le Grand-Palais, qui dispose d'une nef faite pour accueillir 5.000 spectateurs. Là, Jean-Paul Cluzel, le patron de l'établissement, commence par faire analyser le dossier. La question est : reste-t-il deux places dans le calendrier de juin ? Mais, entre-temps, le ministère intervient à nouveau par l'entremise de Pierre Hanotaux : pas question que le Grand-Palais accueille Les Inrocks ... Il se trouve qu'en l'occurrence, le calendrier était trop serré. "Je ne comprends pas la nature de cette seconde intervention, s'interroge Louis Dreyfus. Le Grand-Palais est fait pour accueillir ce type de manifestation. Il n'est pas normal que l'appareil d'État se mette à rouler pour Solidays contre notre manifestation." Et qui se cache derrière "l'appareil d'État" ?
Pour répondre à cette question, nous avons contacté Pierre Hanotaux. Pas de réponse.
le point.fr
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