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La diplomatie française en question

dimanche 23 janvier 2011

La révolution du jasmin tunisienne, celles d'Egypte, de Libye, du Barheïn posent beaucoup de questions sur le rôle effectif de nos ambassadeurs, notamment sur leurs capacités à analyser les situations dans les pays maghrébins et méditerranéens et à faire remonter les informations vers le Quai d'Orsay.

Les services de renseignements français avec une bonne réputation internationale n'auraient pas, non plus, pris la mesure de signes avant-coureurs de mouvements sociaux de certains pays. Il y a donc lieu de s'inquiéter puisqu'au sein même de l'hexagone, il n'a pas été possible de prévenir une « pagaille » due à la neige. Au fond, notre pays, mal géré, ne serait-il pas entré dans l'ère d'une pagaille qui deviendrait chronique, récurrente et qui atteindrait même nos ambassades ?

Tous nos ambassadeurs en poste dans des pays parfois instables se plient aux règles et aux lois des dirigeants en place ; tout bon citoyen respectueux des lois agirait de la même manière.
Mais leur rôle ne s'arrête pas à délivrer les visas et protéger les ressortissants français ; ils se doivent d'observer, « de prendre la température » du climat social ambiant et écouter les voix discordantes afin de les répercuter en « haut-lieu ».

Les événements récents en Tunisie laissent penser que la diplomatie française jouait un rôle complaisant, ne se mêlant que très peu à la population même si celle-ci paraissait tétanisée. Cependant, lorsque l'on cherche à comprendre, on finit souvent par y arriver. Il suffit d'un peu de bonne volonté...

Les ambassadeurs de certains pays, ne se mélangeant pas aux populations souvent pauvres, font figure de riches touristes à la recherche du contrat qui relancera l'économie française. Une image s'impose à nos yeux : celle de l'ambassadeur(drice) portant un vêtement de flanelle claire, des lunettes de soleil, de préférence d'une marque de luxe, vissées sur le nez.

Les réceptions, les soirées chez l'ambassadeur sont censées tisser ou renouer des liens avec les pouvoirs en place avec tout le gratin des pays en question ; donc bien loin des réalités économiques et sociales des populations (comme nos élites, d'ailleurs).
Des relations superficielles, donc, pour afficher une entente cordiale teintée d'intérêts et ainsi sceller certains contrats que la France peine à conclure depuis sa nouvelle posture internationale.

Nicolas Sarkozy dit et redit qu'il faut parler à tout le monde, Libye comprise (re)foulant, au passage les Droits de l'Homme au nom de la sacro-sainte économie libérale et sauvage.

Si l'on devait suivre sa logique : un voisin riche, au bout de la rue, bat sa femme et ses enfants, si ce n'est parfois plus, et dépose les salaires de sa famille sur son propre compte, doit-on fermer les yeux parce qu'il a un filon et des filières qui permettent de prendre son véhicule pour aller travailler empêchant ainsi l'élaboration de nouveaux projets énergétiques ?
La participation des soldats français à la guerre en Afghanistan, le manque de volonté à reconnaître l'état palestinien sont des sujets de controverse au sein-même de l'hexagone et  font que la France est devenue un ennemi potentiel pour certains.

Ne pas se remettre en question sur nos relations incestueuses avec certains pays et « faire comme si de rien n'était » prouve l'impuissance de la diplomatie française à s'adapter, bercée par un ronron économique qui ne sert que certaines « puissants » français et leurs entreprises.

Jusqu'à quand ?

La Tunisie s'est réveillée, demandant sa part du gâteau honteusement entamé par ses dirigeants.

Quid de l'Algérie, de l'Egypte et certains autres pays las de la misère et des conditions de vie déplorables lorsque leurs dirigeants vivent dans l'opulence ?

Quant au peuple marocain, toujours « sous protectorat français », il n'est pas prêt pour un profond changement, il a peur ; il connait la force de répression du régime encouragée par la France.

Et cette Côte d'Ivoire dont Laurent Gbagbo usurpe le pouvoir, sûr de ses amis financiers, qui ne trouve pas sa véritable démocratie par manque de courage français et international, laissant planer le doute sur certaines compromissions...

A force de surveiller son propre peuple, la France ne s'est-elle pas enfermée sur elle-même au détriment d'une véritable diplomatie française rayonnante, véhiculant des valeurs qu'elle est, désormais, incapable d'appliquer en son sein ?

La révolution du jasmin ou de l'internet tunisien offre à la France une occasion de se racheter, de revoir ses méthodes dans certains pays y compris le traitement fait à son propre peuple mais le fera-t-elle ?
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Alicia Clashs