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Libye : Les enfants-soldats de Kadhafi

jeudi 28 avril 2011

Un garçon de 16 ans raconte à la journaliste Ruth Sherlock comment des fidèles à Kadhafi l'ont forcé lui et d'autres jeunes à combattre les insurgés sur la ligne de front du siège de Misrata.

Murad, âgé de 16 ans, plaisante avec ses médecins dans son fauteuil roulant sur-dimensionné. Le visage lisse, les yeux écarquillés avec un grand sourire innocent, il parle de football, d'ordinateurs et rougit à l'évocation des filles.
Murad est encore trop jeune pour se raser mais jusqu'à la semaine dernière il manipulait des armes les plus meurtrières dans cette guerre civile brutale en Libye ; jusqu'à ce qu'il soit blessé et capturé par l'opposition. Pourtant, Murad était peu disposé à être un soldat de l'armée de Kadhafi.
Aujourd'hui, le bras dans le plâtre, la jambe amputée, un drap de lit blanc drapé sur son corps, des bandages couvrent des plaies sanglantes.

Murad est un de ces soldats-enfants employés par l'« armée » du Colonel Kadhafi dans la bataille pour regagner la ville assiégée de Misrata.
Des troupes gouvernementales capturées par les insurgés disent que des jeunes écoliers de 15 ans sont enrôlés sur la ligne de front.
D'après des témoins oculaires, des douzaines d'écoliers ont été enlevés à Tripoli et forcés à combattre pour le dictateur.
Murad et un autre captif disent que quatre-vingt-dix garçons, entre 15 et 19 ans ont été appelés dans des casernes militaires de Tripoli « pour une formation » dès le soulèvement populaire commencé le 17 février.
« Plusieurs personnes plus jeunes que moi étaient là » explique Murad, gardant le visage tourné sur la gauche car trop effrayé pour montrer son visage.
« Nous avons été enfermés dans le camp, nous avons eu une petite formation militaire et envoyés dans un bataillon »  déclare « Abdul » hospitalisé dans une autre clinique, jeune soldat qui souhaite garder l'anonymat.
Pendant près de six semaines, ils sont restés sans accès à la radio ou télévision. Sans information sur leur position, le groupe a été alors pris à Misrata.
« Je n'ai pas dit au revoir à ma famille quand je suis parti pour la caserne. Je pensais que j'y allais pour m'entraîner pendant deux semaines » ajoute Murad.
Après un court entraînement militaire, les garçons se sont vus remettre des kalachnikovs et emmenés près « de la route lourde » du port de mer, la zone de guerre avec ses chars crachant le feu et ses roquettes Grad.
On leur avait dit qu'ils devaient sauver Misrata de ses envahisseurs étrangers qui avaient pris les commandes de la ville. « On nous a dit qu'il y avait des mercenaires près du port maritime » dit Abdul.
Les garçons ont attendu plusieurs jours dans les maisons abandonnées par les civils de Misrata.
Terrifié, le groupe de Murad a refusé l'ordre de son supérieur de s'enfoncer dans la ville. Les jeunes se sont terrés dans une maison. « Notre supérieur nous a trouvés et nous a forcés à monter dans une voiture » déclare Murad. Poussés brutalement hors du véhicule, à la ligne de front, les garçons, déconcertés, ont été pris sous le feu nourri des troupes des insurgés. Le groupe a été pilonné par des tirs antiaériens et de mitrailleuses lourdes. « Trois des garçons sont morts et notre supérieur s'est enfui. » indique Murad.  Abandonné et touché à la jambe, le jeune garçon a essayé d'arrêter l'hémorragie avec un garrot ; il s'est traîné derrière un bloc de béton. Un « rebelle m'a vu et m'a tiré une balle dans le bras ».
Les insurgés l'ont emmené à un hôpital Misrata, mais la jambe était trop abimée pour la sauver...
Les médecins font le constat de ces trop jeunes soldats de Kadhafi amenés à l'hôpital. Le directeur du centre médical Higma montre la vidéo d'un jeune garçon, vêtu de vert kaki gémissant sur une civière, le corps criblé de balles.
« Ce garçon est de 16 ans, nous avons essayé de le sauver mais ses blessures étaient trop importantes. Il est mort peu après,  ce jour-là ».
Les médecins et les combattants insurgés disent que beaucoup de soldats Kadhafi sont blessés par leurs propres officiers quand ils sont déserteurs.
Un jeune soldat de dix-neuf ans est maintenu dans une pièce verrouillée de la clinique médicale parce que les médecins craignent qu'il puisse être attaqué par des partisans de Kadhafi. « Nous avons des preuves irréfutables que les troupes de Kadhafi essaient de tuer des captifs », explique le Docteur Khalid Abu Falgha.
Abdul était sur la ligne de front dans un groupe de 15 jeunes soldats. Quand ils se sont trouvés sous un feu nourri des insurgés, le supérieur s'est mis à courir. Il l'a suivi et sa propre brigade lui a tiré dessus, dit-il.
« Les instructions étaient que personne ne devait jamais revenir en arrière. Je suis resté allongé sur le sol pendant une heure et demi avec des blessures qui saignaient.
Désormais, Murad et Abdul vivent sous la protection bienveillante des insurgés.
Les jeunes ne peuvent pas quitter la ville assiégée pour leur propre sécurité.
« Je n'ai pas vu ma famille en plus d'un mois», déclare Abdul en larmes.
«Nous avons promis à Murad que dès que nous pourrons, nous irons chercher personnellement son père et sa mère à Tripoli», affirme son médecin. « Il n'est encore qu'un enfant ».
« Enfants violés devant des familles »
Les familles qui ont fui les zones de combats les plus acharnés ont raconté à « Save the Children », une organisation non gouvernementale de défense des droits de l'enfant à travers le monde, que des enfants âgés de huit ans ont été agressés sexuellement devant des membres de leur famille.
Un groupe de mères affirme que des filles avaient été retenues pendant quatre jours et violées, après quoi elles n'ont plus parlé.
D'autres enfants témoignent qu'ils ont vu leurs pères tués et leurs mères violées en leur présence.

Michael Mahrt, conseiller « Save the Children », a déclaré : « les violences sexuelles contre les enfants ne sont pas confirmées mais cohérentes puis qu'elles nous ont été répétées dans les quatre camps que nous avons visités ».
Les « enfants nous ont dit qu'ils avaient été témoins des scènes affreuses Certains ont indiqué qu'ils ont vu leurs pères assassinés et mères violées. Ils ont décrit des choses arrivant à d'autres enfants qui ont pu leur arriver mis ils sont trop perturbés pour parler d'eux-mêmes - c'est un mécanisme d'adaptation typique employé par les enfants qui ont souffert de tels abus.
« Le plus inquiétant est que nous n'avons pu parler qu'à un nombre limité d'enfants – qu'en est-il de ceux emprisonnés dans Misrata et d'autres parties du pays qui ne peuvent pas s'exprimer ? »
Save the Children appelle à la communauté internationale à veiller à ce que les parties respectent le droit des enfants afin que tous soient protégés contre les violences et les abus. L'organisme de bienfaisance intensifie ses activités de protection des enfants de Benghazi, y compris la formation des travailleurs sociaux pour offrir aux enfants un soutien psychologique et social.
Ruth Sherlock est une journaliste indépendante au Moyen-Orient.
Channel4 News 
 
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Alicia Clashs