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lundi 30 mai 2011

Affaires DSK et Tron : La faute « aux femmes »

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En tous cas, sur l'affaire DSK, c'est ce que pensent nos amis Américains. Amis... le mot est fort lorsque l'on lit l'article du « Monde » d'Irène Théry, sociologue. sur le forum du journal de renom « The New York Times » que la sociologue lit régulièrement.
 Des spécialistes étaient conviés à « interroger l'attitude de notre société envers les inconduites sexuelles (sexual misconducts) des hommes de pouvoir (powerful men) sous le titre : "Les femmes françaises sont-elles plus tolérantes ?" (…) Certes, au New York Times, on ne s'abaissera jamais à se demander si les femmes françaises n'auraient pas pour les agressions sexuelles et les viols, une certaine "tolérance". Mais, sous l'égide de la catégorie des misconducts, chacun peut se sentir autorisé à disserter à partir d'un présupposé implicite : les glissements de sens et de corps qui mènent du badinage à la drague, de la drague aux incartades et des incartades aux infractions sexuelles, au risque de balayer, au final, toute la gamme allant du harcèlement au viol.(...)
 En trois temps, l'intitulé du forum envoie valser toute prudence. (…) Le cas DSK devient une sorte de paradigme des virtualités dangereuses inscrites dans l'identité historique de tout un peuple, sur laquelle on invite à s'interroger.
Ensuite, au moment où un Français célèbre est inculpé, on propose de tourner le regard... vers les Françaises.(...)
Il est un certain degré dans l'ignominie qui s'enfonce tout seul dans le dérisoire.»

Les débats déversent, pèle-mêle, préjugés et amalgames : Les femmes françaises plus « tolérantes » que les Américaines et même envers les viols, l'identité du peuple français et sa « singularité », le jugement de toutes les Françaises en fonction de l'attitude d'Anne Sinclair, de féminisme « à la française » (...), « seulement la justification indirecte de la licence d'opprimer donnée aux mâles dominants par des femmes aussi aliénées que galantes. Il serait encore bien pire : l'émanation d'une sorte de francité marquée au coin par le refus de l'étranger et, je cite, "des musulmans" ».

Or, Irène Théry révèle des propos d'Outre-Atlantique sur lesquels je m'étais déjà interrogée :
Quel est le degré de responsabilité des femmes dans le traitement des affaires DSK et Tron ?
Bien évidemment, les hommes des médias ont fait un mea culpa se cachant derrière l'article 9 du Code Civil
« L'article 9 du Code civil est souvent brandi pour empêcher la parution d'articles ou de livres dévoilant des secrets intimes: «Chacun a droit au respect de sa vie privée. Les juges peuvent, sans préjudice de la réparation du dommage subi, prescrire toutes mesures, telles que séquestre, saisie et autres, propres à empêcher ou faire cesser une atteinte à l'intimité de la vie privée: ces mesures peuvent, s'il y a urgence, être ordonnées en référé.» De quoi faire réfléchir plus d'un directeur de rédaction ou d'un éditeur avant de faire tourner les rotatives. »
Certaines femmes du milieu de la presse adoptent la même attitude machiste que leurs confères masculins avec la même précaution dûe à ce fameux article 9.
Les médias ayant « le pouvoir » conféré (à coups de subventions) par celui du haut, le vrai, les journalistes deviennent timides lorsqu'il s'agit de donner des limites à leurs bienfaiteurs et amis, bien souvent.

Or, le féminisme français des années 1960-1970 était un peu trop débridé pour la jeune fille que j'étais mais que je soutenais car je savais qu'il était le garant d'un minimum futur de liberté.
Malheureusement, il s'est endormi et sous couvert d'égalité homme-femme, les femmes travaillent deux fois plus (métier et maison) tout en gagnant moins.
Effectivement, le féminisme s'est « grippé » et on ne sait plus à quel moment.
« La tête dans le guidon » avec leurs multiples activités, les femmes n'ont plus pris le temps de réfléchir à leurs conditions, trop heureuses des quelques miettes qui leur étaient lancées.

Aujourd'hui, ces affaires donnent enfin le temps à la réflexion et au débat.

Hors du milieu de la presse, qu'est-ce que les femmes seraient-elles prêtes à accepter pour avoir un emploi et le conserver ? Sont-elles obligées de perdre leur dignité ?
Non, rien ne les y oblige mais les patrons sont des hommes qui ont le pouvoir d'empêcher leur ascension ; les mères de famille seules sont des cibles idéales.

Deux anecdotes qui montrent, qu'au fond, la société française n'a toujours pas fait pas sa révolution féminine.

En 1981, passant un entretien pour travailler dans un hôpital, la surveillante m'avait avertie : « si vous venez ici pour trouver un médecin et vous marier, oubliez ça tout de suite ».
J'étais restée abasourdie, mon souhait étant de travailler dans un secteur qui me plaisait. J'étais une femme libre et m'assumait déjà complètement. Cette réflexion me paraissait tellement injuste mais je tenais à ce boulot.

Nous avions déjà les tenues hospitalières tunique et pantalon ; la mienne avait une taille en trop (les affres du budget, déjà...). Un jour, me baissant pour ouvrir un placard, ma tunique, plus échancrée par la taille en trop, s'est ouverte sous les yeux intéressés de l'homme de maintenance, non loin de moi.
Ni une ni deux, une gifle irréfléchie vient lui rougir la joue, l'encourageant à quitter les lieux.
Convocation dès le lendemain dans le bureau de la surveillante, la même que celle de l'entretien d'embauche.
J'ai été réprimandée pour avoir giflé un collègue irréprochable « dans la maison » depuis 20 ans. Pour cette fois, « cet épisode ne figurera pas dans mon dossier », « il faut éviter de parler aux hommes et prendre ses distances avec eux, avez-vous bien compris ?».
Oui, j'avais bien compris. Je n'ai jamais changé d'attitude et n'ai jamais eu d'autres faits de ce type dans les nombreuses années passées en milieu hospitalier. A l'époque, il ne faisait déjà pas bon d'être « mignonne »...

Dans mon autre carrière (car j'en ai eu deux), j'ai travaillé dans un monde d'hommes qui se sont essayés à la blague graveleuse, tellement bien « remballés » qu'ils évitaient toute remarque équivoque, par la suite.

Il m'est arrivé de ne pas me représenter à un travail quand l'employeur se montrait trop dragueur. Pour moi, c'étaient des problèmes assurés. Une femme sent cela, en général ; d'autres n'ont pas cette chance comme dans l'affaire Tron.

Pour exemple, j'ai compris au bout de trois jours que je travaillais pour un patron qui n'avait pas besoin de secrétaire. Si.. uniquement si j'accédais à ces « demandes pressantes ». Je l'ai planté en pleine matinée, ses mains étant trop baladeuses. J'ai réussi à me faire payer mes deux jours et demi avec la menace de porter plainte.

J'ai toujours eu la réputation d'avoir « mauvais caractère », surtout pour les hommes que j'avais éconduits. Ces « affaires » me confortent dans l'idée qu'en fait, j'ai seulement « du caractère » ; je n'ai jamais hésité à m'imposer si je voulais me débarrasser de « lourdauds » qui pensent que la femme objet des publicités et télévisions existe aussi dans la réalité.

Est-ce que j'aurais supporté que mon patron me masse les pieds pour conserver mon emploi ?
Jamais... et mon refus aurait bloqué une promotion. Je serais partie et aurais trouvé un autre job comme je l'ai toujours fait. C'est, hélas, le coût de la liberté, de la dignité et du respect de soi-même.

Toutes les femmes françaises ne sont donc pas « tolérantes » avec leurs employeurs ni avec les maris.
Si certaines femmes sont un peu trop rigides avec leur conjoint (j'ai des noms...), ce qui est reproché à Anne Sinclair sur le forum du New-York Times est sa trop grande tolérance envers son mari. L'ancienne journaliste a trop de faiblesses pour son mari et devient la risée du monde entier, rejaillissant sur les Françaises ; cependant, la majorité des femmes ne s'en laisse pas conter, elle serait même plutôt méfiante. Pourquoi ?
Parce que certain(e)s hommes et femmes ont « oublié » ce qu'ils avaient prononcé devant le Maire, le jour de leur mariage :
Selon l' Article 212 du Code Civil, (source légifrance.gouv.fr)« Les époux se doivent mutuellement fidélité, secours, assistance. »
Il y a un laisser aller et un laxisme qui existent dans un milieu branché et dans les classes sociales aisées.
Les personnes de la classe ouvrière sont moins ouvertes à ce genre « d'échanges ».
Le snobisme français voudrait que l'on soit cocus et heureux de l'être. Quelle ouverture d'esprit...

 Je m'étais étonnée que le mandat de Nicolas Sarkozy, qui s'était entouré de femmes au tout début, ne prévoit pas un Ministère de la condition féminine ; les remaniements successifs ont fait reculé le taux de femmes participant à la gouvernance de la France.
Pourtant, à maintes reprises, des campagnes ont été diffusées pour les violences faites aux femmes, ce qui aurait pu permettre à nos élites d'aller plus loin dans la prévention du viol et du harcèlement sexuel.
Mais il n'est jamais trop tard pour bien faire...
Et il est certain que la cause des femmes sera un des thèmes de la campagne présidentielle de 2012.


A voir, l'émission du 30 mai  :
« Mots croisés »
DSK : onde de chocs
Invités :
Vincent PEILLON
Député européen (PS)
Auteur de « Eloge du Politique. Une introduction au XXIe siècle » (Seuil, janvier 2011)
Eric WOERTH
Député UMP de l’Oise
Maire de Chantilly
Ancien ministre du Budget et du Travail
Alain FINKIELKRAUT
Philosophe
Marcela IACUB
Juriste
Directrice de recherche au CNRS
Auteure de « De la pornographie en Amérique » (Fayard 2010)
Caroline DE HAAS
Porte –parole de l’association « Osez le féminisme »
Auteure du livre « Vie de meuf » (Éditions JBZ)
Jean QUATREMER
Journaliste, correspondant de Libération auprès de l’Union Européenne
Son blog « Les coulisses de Bruxelles »
http://mots-croises.france2.fr/
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Sur le sujet:
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