Lavages de cerveaux
Denis Tillinac
"J’apprends qu’au lycée français Jean-Monnet de Bruxelles, des surveillants ont célébré la victoire de Hollande en dansant sur les tables devant les élèves. « On a gagné ! »,
clamaient-ils sans vergogne, sachant qu’ils ne risquaient aucune
sanction. Les profs exprimaient leur joie sans plus de retenue, certains
ayant carrément exhorté en classe les “jeunes républicains” à combattre
les idées du Front national. Dans ce même lycée, en classe de
troisième, tel enseignant infligea à ses potaches une dissertation sur
le thème suivant : “Immigration et métissage, deux pays, deux amours”. Sic.
Afin d’étayer la réflexion des candidats au brevet, deux exemples leur
étaient suggérés : la biographie de Jamel Debbouze et les “créations” de
Thomas Mailaender à base de voitures convoyant des immigrés. Sic. Le même pédagogue invitait les élèves de la même classe de troisième à concevoir, je cite, « après la guerre, le rêve d’un monde nouveau » à
partir de la Cité radieuse de Le Corbusier et des photos de Doisneau.
J’ignore si l’initiative lui revient, ou si elle figure dans un
programme. Elle reflète sur le mode grotesque une vaste entreprise de
crétinisation et de manipulation des esprits juvéniles sans équivalent
dans l’histoire de la pédagogie. L’air de rien, tout y est : l’arrêt sur
images d’une sous-culture de l’éphémère imputable à la télé, l’apologie
sournoise du cosmopolitisme, la sur valorisation des minorités, la
complaisance lâche des autorités. Ce qu’on serine aux étudiants dans les
écoles de journalisme, on l’inculque en avant-première aux élèves dans
les lycées ; la boucle est bouclée, les malheureux pataugeront ad vitam dans l’air du temps, captifs sans le savoir d’une idéologie démoralisante, dans les deux sens du terme."
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